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mercredi 11 juin

Quand Saumur avait son pélerinage...

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Notre Dame des Ardilliers à Saumur

Le dôme majestueux de Notre-Dame des Ardilliers se reflète avec sérénité dans les eaux de la Loire toute proche.

Si elle semble aujourd'hui parfois un peu assoupie, elle fut au XVIIème siècle, l'un des plus importants pèlerinages marials du royaume de France, après Chartres et Le  Puy. A cette époque, son influence s'étendait dans tout le Grand Ouest et le Centre de la France et même jusqu'à Paris.

Au XVè siècle, la découverte d'un paysan

C'est dans la seconde moitié du XVème siècle qu'un paysan découvre une Pietà en bêchant l'ardille (ou argile) de son champ, situé près d'une fontaine aux vertus bienfaisantes au pied du côteau de la Loire, à l'extrémité orientale de la ville de Saumur. Cette statue représente Notre-Dame de Pitié soutenant le Christ mort sur ses genoux.

Déposée sous un arceau de pierre, et associée à la fontaine, la statue est exposée à la dévotion et devient vite l'objet d'un culte local. Une première chapelle est bâtie et consacrée en 1553 par l'évêque d'Angers, puis agrandie quelques années plus tard devant le nombre important des pèlerins et l'intérêt accordé au pèlerinage par les reines Catherine de Médicis et Louise de Lorraine.

La fête patronale du sanctuaire était jusqu'à la Révolution, celle de N.-D. de Compassion (le vendredi après la Passion).

Bien que la ville de Saumur, majoritairement catholique, soit passée en 1589, au moment de la Ligue, sous contrôle protestant par un accord politique entre Henri III et Henri de Navarre (futur Henri IV), le pèlerinage à Notre-Dame des Ardilliers continue et même s'amplifie.

Le premier miracle est constaté en 1594

Il y en aura 133 jusqu'en 1713, puis 22 autres encore au XIXème siècle, l'un des grands siècles du pèlerinage.

C'est aux oratoriens que seront confiés, à partir de 1619, non seulement le sanctuaire mais aussi -outre un Collège- l'Ecole de théologie fondée à Saumur afin de rivaliser dignement avec l'Académie protestante créée peu avant 1600 par le célèbre Duplessis-Mornay, gouverneur de la ville. Les uns et les autres vivront en bonne intelligence, dans la tolérance évangélique, la courtoisie et la confiance mutuelles.

La dévotion de grands personnages du royaume (Marie de Médicis, Louis XIII,  Richelieu, Mazarin, Louis XIV, le ministre Servien, Marie-Thérèse etc.) à la Vierge des Ardilliers de Saumur, va amener la transformation de la chapelle primitive, tout au long du XVIIème siècle, âge d'or du pèlerinage. C'est la grande chapelle que l'on peut encore admirer aujourd1hui, ensemble classsique très homogène malgré la durée du chantier, dont le dôme attire tous les regards avec ses proportions harmonieuses et des dimensions identiques à celui des Invalides à Paris ; à n'en pas douter, il symbolise le triomphe de la Réforme catholique.

De grands saints viendront y prier

Là viendront prier de grands saints comme Vincent de Paul, Louise de Marillac, Marie Euphrasie Pelletier ou encore Louis-Marie Grignon de Montfort, qui a si bien exprimé l'importance de Marie dans le plan divin, et une multitude de particuliers.

Certains pèlerins, mais aussi des villes, se vouent à la Vierge des Ardilliers : ainsi Saumur (en 1615), Saint-Aignan, Selles, Riom, Montmorillon, Poitiers, Bourges... Le voeu est conforme à la théologie catholique, car toujours adressé à Dieu et à la Vierge.

Le XVIIIème siècle verra le déclin du pèlerinage ; mais une autre vocation se dessinera à cette époque, sous l'impulsion d'une jeune fille née à cinq cents mètres du sanctuaire, sainte Jeanne Delanoue dite la Mère des Pauvres, fondatrice des soeurs de Sainte-Anne, Servantes des Pauvres de la Providence.

Gardiennes du sanctuaire après la Révolution, elles ont essaimé depuis dans de nombreuses régions du monde (Madagascar, Mali, Indonésie...) et leur Maison-mère est toujours à Saumur.

En 1952, le sanctuaire, relevé des destructions de 1940, est béni par le cardinal Roncalli, futur pape Jean XXIII. S'il n'attire plus les foules nombreuses d'autrefois, on note tout de même, surtout à la belle saison, des visiteurs en nombre non négligeable. Des montfortains, des frères de Saint-Gabriel de Saint-Laurent-sur-Sèvre, des pèlerins de L'Eau Vive, des paroisses, les Hospitaliers de Lourdes, quelques  amicales d'anciens élèves, viennent aussi en groupe prier Marie ; ils laissent parfois leurs intentions de prière ou leurs remerciements sur un cahier proche de l'autel où se trouve la statue.

Car Marie, Vierge de Pitié et de Compassion est toujours là, derrière sa grille en fer forgé, don de Richelieu, toujours prête à nous ouvrir ses bras.

Pourquoi Notre Dame des Ardilliers ?

Le lieu et la chapelle apparaissent sous la forme " Ardillières ", encore fréquemment employée au XVIIe siècle, en particulier par Tallemant des Réaux, Bernard de Haumont et l'abbé Grandet. Il pourrait s'agir d'une déformation angevine du mot " argillières ", terrain d'où l'on tire de l'argile. Il est exact que des lits de marnes imperméables, intercalés dans le tuffeau, expliquent la présence de la source et des réserves d'eau. Cependant, aucune carrière d'argile n'est signalée à cet endroit.
Une seconde hypothèse peut être aussi avancée : en latin populaire, les " ardillaria " désignent des terrains envahis par les ronces et les épines, ce qui peut correspondre à l'aspect primitif des lieux.

Notre Dame des Ardilliers et les Oratoriens :

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La congrégation, fortement soutenue, vit dans l'aisance et s'assure des revenus permanents en achetant de beaux domaines sur les coteaux. Le plus proche est le clos Morin, au Petit-Puy, comprenant 20 quartiers de vigne et un autre petit clos « avec la cave au-dessous, qui en dépend ». Le clos de l'Oratoire à Chaintres comporte deux maisons, des terres labourables, mais surtout des vignes, réputées pour fournir le meilleur vin du pays, dont le prix sert de référence pour fixer les cours annuels. Dans une déclaration, les Pères évaluent le clos à 20 000 livres. Le domaine de la Perrière à Saint-Cyr en Bourg est acheté en 1663 à Marguerite de Blacvod, veuve de Philippe de Maliverné, pour un montant théorique de 36 000 livres, mais la vendeuse leur fait remise d'un tiers. C'est un château comportant des droits seigneuriaux et surtout un vignoble sans cesse agrandi. Lors des ventes des biens nationaux, c'est le bien ecclésiastique qui atteint le prix élevé de la région : 251 200 livres.

Plusieurs Pères oratoriens sont constamment présents dans la chapelle, ils y confessent et assurent l'animation religieuse du pèlerinage. Le supérieur a droit de police sur l'enclos. Il y surveille les ventes de chandelles et d'objets de piété. Le bedeau, placé sous ses ordres, en chasse les mendiants et les vagabonds, qui affluent en foule. Il peut même attacher ceux qui font insolence et scandale à un carcan placé sur les barrières d'entrée.

Comme prévu, les Oratoriens étendent leurs activités au-delà de la gestion du pèlerinage. Ils développent leur action dans deux domaines d'enseignement, qui seront étudiés plus loin :

En 1668, l'évêque Henry Arnauld tient une assemblée ouvertement janséniste aux Ardilliers. Les Pères s'intéressent moins au pèlerinage et se montrent plus exigeants sur les faits miraculeux. Bien des mendiants se déguisent en pèlerins. Les autorités se montrent de plus en plus soupçonneuses à l'égard des errants ; à partir de 1671, les pèlerins individuels doivent être munis d'une permission de leur évêque. Par ailleurs, les travaux de construction de la rotonde étaient stoppés depuis 1659. Le Père de Sainte-Marthe, ancien supérieur général, en fait une affaire personnelle. Il revient aux Ardilliers et lance une grande campagne de travaux qui se termine en 1696. Mais la conjoncture économique est défavorable, les riches bienfaiteurs sont désormais rares. Pour payer les travaux, Sainte-Marthe engloutit toutes les réserves financières de la congrégation et tous les trésors accumulés depuis deux siècles.

En 1713, les oratoriens s'engagent dans la lutte en faveur du jansénisme. Ils perdent le droit de confesser et, en 1720, leur école de théologie est fermée. Leur présence à Saumur est désormais très affaiblie.

Il reste à demeure une dizaine de pères, qui s'occupent surtout du collège. Le pèlerinage n'attire plus les foules du siècle précédent. Désormais, les grands personnages n'y viennent plus, et pas davantage les paroisses entières. Les hôtelleries du quartier ferment au tournant des deux siècles. Le locataire de l'hôtellerie de la Fontaine ne peut plus payer ses redevances et obtient des réductions. Finalement, en 1727, la maison est louée par appartements. En 1785, une voyageuse anglaise, Madame Craddock, voit encore beaucoup d'ex-voto, elle est harcelée par les marchands de chapelets, mais elle ne parle pas de pèlerins.

Cependant, aux yeux des Saumurois, les Ardilliers demeurent la chapelle du roi. En 1757, quand il s'agit de remercier le ciel pour l'échec de l'attentat de Damiens, c'est aux Ardilliers que le lieutenant de roi et le curé réunissent le clergé et les paroissiens de la ville.

Notre Dame des Ardilliers, située dans l'un des quartiers les plus anciens de Saumur, le FENET, vit se developper un artisanat religieux  important et prospère : les pâtenotriers.

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En 1611, le sieur de Croydebert, décrivant Saumur, y évoque l'existence de « faiseurs de patenostres ». Le registre paroissial GG 9 cite Michel Saumoussay comme « faiseur de chapelets » en 1638. A la même époque, Dubuisson-Aubenay ( Itinéraire de Bretagne en 1636, t. 1, 1898, p. 130 ) signale à Sainte-Anne d'Auray la présence de « boutiques de chapellets et médailles qui viennent de Saumur, de Paris et de Nostre-Dame de Liesse ». Le démarrage à Saumur au début du XVIIe siècle de l'artisanat du chapelet et des médailles est donc bien prouvé. Louis Raimbault ( Congrès archéologique de 1862, p. 250 ) supposait même que cette activité remontait au XVIe siècle. Aucune preuve n'est disponible à l'appui de cette affirmation.

Demain, je vous mènerai promener au Fenêt, si vous le voulez bien ;)

Posté par ciboulette100 à 14:27 - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Commentaires

Ah ça c'est bon pour ma culture, partante pour la balade de demain.
Bonne soirée...foot or not foot

Posté par mab, mercredi 11 juin à 18:11

eh bien ,

tu vois, quand t'arrètes de boire :) c'est pour ça que même quand tu parles à quelqu'un , tu tapes sur le clavier imaginaire!!!

Posté par saperlipopette, mercredi 11 juin à 21:27

Très interessant Merci pour cette minute de culture...
ps : nous aussi samedi prochain on va se farcir "le mec à Carla" au Puy du Fou. Tiens j'ai une idée et si au lieu,de regarder le spectacle on lui proposait ,de jouer avec nous? Le rôle du bouffon me parait totalement adapté au personnage!!!

Posté par M-CATH, mercredi 11 juin à 23:57

Très interessant Merci pour cette minute de culture...
ps : nous aussi samedi prochain on va se farcir "le mec à Carla" au Puy du Fou. Tiens j'ai une idée et si au lieu,de regarder le spectacle on lui proposait ,de jouer avec nous? Le rôle du bouffon me parait totalement adapté au personnage!!!

Posté par M-CATH, jeudi 12 juin à 00:31

NON ????

il va là bas ? C'est Philippe de Viliers qui va être content

Posté par ciboulette100, jeudi 12 juin à 09:15

J'ai lu ce billet très intéressant. J'aime !
Bon je vais lire celui qui figure au dessus.

Posté par Maxence, jeudi 12 juin à 19:06

ben moi j'ai fait un pélé à ND des Ardillers ds mon jeune temps ! (ouais pélé scout, comment ça ça ne compte pas?)

Posté par mad, mercredi 25 juin à 13:36

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